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 Éditeur d'Innovation Culturelle | ericdeculturama@gmail.com | N°42 | SEPTEMBRE 2020 

CULTURAMA, explorateur de tendances, est la nouvelle destination des découvreurs défendant le meilleur de l’Art, de l’Architecture et du Design afin de réinventer votre style de vie contemporain. À la fois webmagazine mensuel, diffuseur de création audiovisuelle avec CULTURAMA STUDIO, et plateforme éditoriale bilingue, CULTURAMA vous accompagne dans l’exploration de l’Art et du Design du 21e siècle, grâce à des coups de cœur, des exclusivités, des interviews, des reportages.
Portrait d’Angélique posant dans son atelier | 2020 | JML & CULTURAMA©

Imaginons 
que la matière se soit évaporée, 
laissant pour seule trace, 
la blanche enveloppe des réalités. 
Alors, 
plongeant ton regard de visionnaire, 
tu vois : 
le dessus, le dessous, 
le dehors, le dedans, 
la surface et la profondeur, 
tout à la fois une apparence et son mystère.

Le blanc et la lumière
„ 

 

Tout comme le noir, le blanc n’est pas vraiment une couleur. Combinaison de l’ensemble des teintes primaires, il revêt une symbolique forte qui varie suivant les civilisations : la mort et le deuil en Chine et au Japon, le malheur en Inde, la pureté et le sacré en Occident, les anges au Pérou, etc. Le blanc non seulement interroge notre perception visuelle mais aussi pose la question de la lumière, à ne pas confondre avec la clarté comme le démontre l’outrenoir de Soulages.

Conversation avec les néons | 2014 | François Morellet©
Composition suprématiste | 1916 | Kasimir Malevitch©


C’est peut-être ce qu’interroge aussi le travail d’une sculptrice hors du commun que CULTURAMA vous a présenté dans le numéro 39. L'artiste Angélique disperse les couleurs à tous vents pour n’en retenir que l’essence et la transparence, autrement dit le blanc et un mystère, celui de l’organdi, mousseline de coton aux propriétés si particulières. L’énigme intègre alors dans un même volume l’éphémère du souffle évanoui et la persistance de son enveloppe. L’organdi construit patiemment ce seuil invisible entre ce qui fut et ce qui reste. Êtres de lumière, laissons-nous de nos passages terrestres des traces diaphanes, rappelant qu’au-delà de la mort, la mémoire aérienne du présent peut subsister ?

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« Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement. »

Vassily Kandinsky


Le blanc et la transparence
LE MYSTÈRE DE L'ORGANDI
ANGÉLIQUE
 

Eric de CULTURAMA : Nous avons déjà évoqué ensemble (cf. CULTURAMA N°39) la place du blanc et de la transparence dans votre travail : le vide et le plein, l'enveloppe sans le corps, la chrysalide ou la transparence. Le paradoxe d'une présence immatérielle est-il au centre de votre création ?

Angélique : Ce sont toujours les fameuses dichotomies, matériel/immatériel, corps/esprit, surface/profondeur, dont il s’agit de faire varier le curseur entre les deux notions. Je ne sculpte pas le marbre ou la pierre, mais une fine trame de coton ; je mets en forme des feuilles transparentes de PET (polytéréphtalate d'éthylène). Le verbe «sculpter» est presque impropre, je n’enlève pas de matière à une masse, mais le résultat est bien celui du volume, dont je restitue la surface. Surface blanche toujours et à travers laquelle on peut voir. Cela donne un côté irréel, comme s’il s’agissait d’une vision ou d’une image rémanente. Donner à voir ce qui est en passe de disparaître, c’est le donner à voir de façon plus accrue.

Eric : Votre approche traduit-elle une fascination de la vie ou de la mort ? D'après vous, d'où vient-elle ?

Angélique : Je ressens vivement les paroles de Malraux : «L’art est un anti-destin». En d’autres termes, l’Art est ce par quoi l’homme peut défier le temps et éventuellement accéder à l’éternité. Éternité pour lui ou pour le monde dont il témoigne. Il y a un jeu de mots que je trouve intéressant : instantané/instant d’années. Faire durer le moment, extraire pour ne pas dire sauver un moment du flux du temps. Comme cette personne qui amoureusement murmure : «Retiens la nuit…». Et puis, l’Art donne une densité particulière à la vie. J’aime bien ces paroles de Brigitte Fontaine : «On dit que je suis excentrique. C’est tout le contraire. Je suis exocentre, c’est-à-dire parfaitement centrée». Alors voilà, la vie avec l’Art, c’est une bonne vie et même si certaines de mes sculptures sont austères (Vanité, Virus, CRS…), elles ont toutes part à la joie.

Plâtres préparatoires dans l’atelier | 2020 | ANGÉLIQUE, JML & CULTURAMA©

Eric : Vous vous êtes tournée vers la sculpture après des études textiles. Ce parcours est-il à l'origine de votre processus de fabrication qui allie délicatesse et techniques chirurgicales ?

Angélique : À vrai dire, mes premières amours sont la littérature, la chanson peut-être, les mots en tout cas. J’ai fait une licence de lettres et j’aurais aimé écrire, mais je n’ai pas trouvé le chemin. J’ai erré dans les métiers : brocanteur, styliste, modéliste, couturière. Mes mains ont fini par apprendre un savoir-faire et, peut-être, avais-je besoin de cette accroche physique, manuelle, dans laquelle mon esprit, ma créativité ont pu se glisser… et mon inconscient aussi. J’ai l’impression que les choses se sont imposées à moi : la sculpture, le blanc, la transparence.

La délicatesse et la technique chirurgicale, c’est que je ne veux pas que le geste apparaisse. La technique doit se faire oublier, les coutures ne pas se voir. J’aimerais, comme Léonard de Vinci avec le sfumato, que les transitions se fassent avec une grande délicatesse. La journaliste Céline Catucci avait écrit à propos de mon travail : «La douceur du temps qui passe».

Eric : Où commence la couture dans votre processus de création ? Pouvez-vous nous parler du groupe Fiber Art Fever ?

Angélique : Je commence à coudre sur des gabarits préalablement préparés en carton ou en plâtre. J’assemble le plus longtemps possible sur ces guides puis il faut s’en émanciper, testant la tenue finale de la seule surface en organdi, tenue par ses seules coutures ; le vide à l’intérieur. 

Angélique posant dans son atelier | 2020 | JML & CULTURAMA©

Fiber Art Fever est une association d’artistes qui utilisent la fibre au sens large du terme, comme le fil, la laine, le textile, les cheveux, le feutre, des matériaux travaillés avec des techniques textiles : tissage, broderie, couture, tricot, crochet. Toutes les disciplines d’Art plastique y sont représentées : peinture (à l’aiguille), dessin (au fil), sculpture (dite molle), mais aussi : photographie, installation… L'artiste Paty Vilo est à l’initiative de cette organisation, et en est la présidente. Nous sommes actuellement une cinquantaine d’artistes essentiellement français et nous évoluons vers une plate-forme internationale. Pour cela, le site est en ce moment en transformation, chaque artiste ayant déjà une visibilité et une diffusion dans les réseaux sociaux.

Vue d’ensemble de l’atelier avec le buste d’Ali Mahdavi | 2020 | ANGÉLIQUE, JML & CULTURAMA©

Eric : Dans votre travail, les objets sont aussi importants que les portraits, et les personnages peuvent exister à travers des accessoires, comme les chaussures par exemple. Que voulez-vous exprimer avec les détails de ces objets ?

Angélique : Dieu est dans les détails. En tout cas, c’est dans des détails que se dit une époque. Les parures, les tatouages, les habits sont des choix personnels dans une palette de propositions sociales. J’aime bien l’idée de figures archétypales : le danseur de hip-hop, le rappeur, la femme aux piercings. Ils parlent de notre société, de notre présent, des productions des hommes. Le thème classique de la Nature morte devient Nature morte au McDo dont on voit principalement les emballages de nourriture.

Ainsi que l’exprime Marguerite Yourcenar, «le coup d’œil sur l’histoire, le recul vers une période passée (…), vous donne des perspectives sur votre époque (…)». Had3sia, la femme aux piercings, est une version contemporaine de Saint Sébastien, le corps de celui-ci érotisé dans son supplice. Le CRS est samouraï, statue du commandeur, archange de l’apocalypse, ou encore Achille dans sa faiblesse. Pour la chaussure, c’est un élément vestimentaire qui s’est tellement amplifié en une cinquantaine d’années, qu’il est intéressant à regarder ; le monde du sport a fertilisé la technologie de la basket. Le monde bondage et la conception 3D inspirent les souliers d’Iris Van Herpen. Un jour peut-être la chaussure sera-t-elle pourvue de petites ailes. Alors je penserai à Hermès ou à Persée.

Les fétichistes | Organdi, PET, plexi | Caisson plexi : 33 x 33 x 45cm | 2015 | ANGÉLIQUE©
Chaussures Gianvito Rossi | Sculpture d'organdi | 2020 | ANGÉLIQUE©

Eric : Entre le Barbare des villes, Jean-Paul Gaultier, la femme aux piercings et tant d'autres, quelles sont vos œuvres préférées ? Pour quelles raisons ?

Angélique : Jusqu’ici je n’ai pas été confrontée à la vacuité dans le sens où toutes les sculptures que j’ai faites, je devais les faire, c’était important pour moi. Jean-Paul Gaultier était une commande au départ, mais une commande géniale parce qu’il est une figure emblématique de la mode, et plus encore, le témoin et l’acteur irremplaçable d’une époque. Qui tire, qui pousse ? Il met des jupes aux hommes, brouillant la notion de genre. Il intervertit le dessous en dessus, les porte-jarretelles et soutiens-gorge se retrouvant sur le costume. Il transpose le populaire en haute couture et fait du maillot marin une robe du soir en rayures de plumes. Je regrette beaucoup de n’avoir pas pu faire le buste de Karl Lagerfeld qui était envisagé. Là, l’image en surimpression aurait certainement été celle du dandy.

Jean Paul Gaultier | Organdi, résine polymère, PET, plexi | Caisson plexi : 65 x 45 x 70cm | 2015 | ANGÉLIQUE©
Médusa | Sculpture en organdi | 2019 | ANGÉLIQUE©

Eric : Avez-vous une idée de vos prochains portraits ?

Angélique : Oui, la prochaine sculpture s’appellera Madame De II. Ce sera un portrait de femme par son sac à main (Delvaux), ses chaussures et quelques accessoires. J’ai déjà réalisé la composition Madame De I avec un sac Hermès, des lunettes Dior, les clés de Tesla et le mug Starbucks. Après, j’ai une idée de Néfertiti qui me trotte en tête depuis longtemps déjà. La statue égyptienne est une base d’inspiration esthétique pour les proportions du corps et pour le port de tête. À la place de la coiffe pharaonique serait une superposition imposante de dreadlocks entremêlés.

Eddy de Cergy | Organdi, résine polymère, plexi | Caisson plexi : 62 x 48 x 70cm | 2006 | ANGÉLIQUE©
Agent de CRS | Sculpture en organdi | 2020 | ANGÉLIQUE©

Eric : Vos projets d’exposition ont certainement vu leur calendrier bousculé. Pouvez-vous faire le point avec nous des évènements à venir ?

Angélique : En septembre, je suis représentée par
la galerie Maison Parisienne dans l'exposition «La promenade du collectionneur» au showroom près de la Madeleine, Paris 75008. Cette galerie sera présente également au PAD 2020 du 19 au 23 octobre.

La Jordan Médusa | Sculpture en organdi | 2020 | ANGÉLIQUE©

J’ai par ailleurs une exposition organisée par le marchand d’art Jean-Marie Oger qui se tiendra du 10 au 13 septembre au 48 rue Chapon, Paris 75003. Le travail exposé sera différent de celui des sculptures d’organdi, que je vous ai décrit ici. Il s’agit d’une série anthropomorphe issue d’emballages industriels intitulée Prosôpons (cf. CULTURAMA N°39).

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CULTURAMA HOMEMADE est né bien avant l'émission homonyme de Netflix le 1er avril 2020 en plein confinement de la volonté d’une équipe de partager sa passion pour l’Art et le Design. Les moyens de production sont légers, et surtout distants les uns des autres, mais l’envie de faire l’emporte depuis le début sur les restrictions de liberté !

Les conditions de réalisation sont très particulières. Chacun travaille chez soi en communiquant par mail ou téléphone, les indications étant réajustées au fur et à mesure de la réalisation. Le déconfinement continue et de nombreuses difficultés persistent. Qu’à cela ne tienne, nous poursuivons le défi ! L’équipe de HOMEMADE persévère pour présenter des artistes du monde entier aux cultures et identités plurielles.

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