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 Éditeur d'Innovation Culturelle MA'A* | hello@monagendart.com | N°39 JUIN 2020 
...est la nouvelle destination des découvreurs défendant le meilleur de l'Art, de l'Architecture et du Design afin de réinventer votre style de vie contemporain.
Cyber-cosmétique | Filme pour Aesop | Lucy McRae©

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KIMONO
#SonoFukunishi
PRÉSENCE BLANCHE
#Angélique
POWER MASK
#WalterVanBeirendonck
Masque The Dazed | Feuilles acryliques transparentes | Iris van Herpen©
Walter Van Beirendonck | Maghali©

 

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Alors que le déconfinement est en route, nous retrouvons les autres dans un espace social transformé. Le monde a changé, et avec lui, l’idée même de ce qui nous «couvre» ou pas. C’est pourquoi CULTURAMA N°39 s’intéresse à l’enveloppe, avec cette question : comment penser autrement ce que nous portons et ce qui nous porte ? 

Masque Covid-19 | Décathlon©
Endless Echo Hat | Impression 3D répétitive du visage de l'artiste | Heidi Lee©
Avec le masque, le vêtement en tant que marqueur social et phénomène de mode, révèle, dans une crise sanitaire sans précédent, notre vulnérabilité. Mais l’habit, s’il ne fait pas le moine, peut faire la pensée, et en cette période de pandémie, il n’en reste pas moins le témoin privilégié d’un temps et d’une culture. L’enveloppe, qu’elle soit chrysalide, rempart, image ou expression de soi, nous renvoie au corps et donc, à l’identité.

 « Notre corps est l’enveloppe de l’âme, qui, de son côté, en est la gardienne et la protectrice. »
Lucrèce
Masque rituel | Collection française coloniale | Galerie Renaud Vanuxem©
Masque social | Daysideria©
Du masque au kimono, l'habit révèle aussi un pouvoir surnaturel. À l’heure d’un déconfinement incertain, alors que nous ajoutons des couches sur notre visage pour nous protéger de l'extérieur, nous vous proposons de revisiter le thème de l’enveloppe pour voir le présent autrement. En premier lieu, nous revenons sur une tradition asiatique ancestrale que se réapproprient les jeunes générations, celle du kimono. Puis, des sculptures étonnantes en organdi évoquent une enveloppe immatérielle, faite de blancheur et de lumière.
S’habiller autrement à cause du coronavirus
KIMONO
Sono Fukunishi
Deux Japonaises en kimonos tissent de la soie | Impression photographique | 1875 | Baron Raimund von Stillfried©
Eric de CULTURAMA : Sono Fukunishi, ambassadrice de l'excellence franco-japonaise, vous venez d'ouvrir la boutique «Comptoir de Kimono» à Paris. L'année dernière, vous vous êtes opposée à Kim Kardashian en raison de sa nouvelle marque de sous-vêtements, Kimono. Après quelques mois de discorde, votre pétition et le tag #KimOhNo ont porté leurs fruits ; Kim a changé le nom de la marque, rebaptisée SKIMS. Quelle a été votre première réaction en apprenant que la marque de Kim porterait le nom d'un vêtement traditionnel japonais ?

Sono Fukunishi : Au début, je n'en croyais pas mes yeux. Je n'aurais jamais imaginé que quelqu'un oserait utiliser commercialement un mot aussi important sur le plan culturel. J'ai vérifié les articles et son post Instagram ; en effet, ce n'était pas un simple cauchemar.
Comptoir de Kimono | Sono Fukunishi, élégante même en période de déconfinement
Si une influenceuse, avec un public comme le sien, utilisait le mot «kimono», cela modifierait son sens à long terme. Par exemple, de nos jours, si vous tapez «Amazon» dans Google, la première chose que vous trouvez n'est pas liée aux régions de la forêt tropicale du nord-ouest du Brésil. L'industrie du kimono a déjà du mal à survivre, car la fabrication de vrais kimonos traditionnels au Japon a diminué depuis 1990. Donc, si Kim s’appropriait le nom «kimono», ce serait la fin de ce mot et de la culture associée telle que nous la connaissons, du moins dans le cyber-monde.
Atelier d’Aki Kuroda©
Détail textile | Comptoir de Kimono©

Eric : Pourriez-vous nous décrire le processus de fabrication d’un kimono et son Histoire ?

Sono : La technique originale a été développée pendant la période Heian, entre 794-1192. Connue comme la méthode de coupe en ligne droite, elle implique de couper des morceaux de tissu en ligne droite et de les coudre ensemble. Cela permettait aux fabricants de kimono de ne pas prendre en compte la forme du porteur.
Les kimonos à coupe droite offrent de nombreux avantages. Ils sont faciles à plier. Ils sont également adaptés à tous les types de temps, car ils peuvent être portés en couches superposées pour fournir de la chaleur en hiver, et pour l'été, le tissu respirant, comme le lin, est confortable. Les saisons japonaises sont très prononcées, l'été est vraiment chaud et l'hiver est très froid, donc ces avantages ont aidé les kimonos à faire partie de la vie quotidienne des Japonais.

Détail textile | Comptoir de Kimono©
Y. Yeatman-Eiffel, S. Fukunishi, O. Kuroi & S. Satok à l'Opéra Garnier | François Lollichon©

Au fil du temps, alors que le port de kimonos en couches est devenue à la mode pour les classes dirigeantes, de nouveaux styles extravagants ont émergé, comme le junihitoe qui signifie «douze couches». De nombreux Japonais rivalisaient pour avoir plus de couches, ajoutant des couleurs différentes à chacune d'entre elles. Il y a même l'histoire d'une femme qui a essayé de porter 30 couches de kimono et qui ne pouvait pas bouger sous le poids. En comparaison, le kimono féminin moderne, utilisé de nos jours pour des occasions spéciales comme le mariage, a 5 couches et pèse plus de 20 kg.

Encore plus tard, les Japonais ont commencé à prêter attention à la façon dont les kimonos de différentes couleurs s'harmonisent, développant une sensibilité accrue à leurs nuances, à leurs combinaisons et au symbolisme de chaque couleur. Jusqu'au milieu du 19e siècle, le kimono était la tenue portée par tout le monde au Japon.

Cela a lentement changé avec l'importation de costumes et d'autres modes occidentales. Au cours du 20e siècle, alors que le kimono devenait un vêtement occasionnel à porter lors de mariages ou d'autres événements formels, beaucoup de personnes ne savaient pas vraiment comment mettre le kimono et attacher la ceinture obi : une procédure compliquée qui dépasse les capacités de nombreux jeunes femmes et qui nécessite un cours dans une école spécialisée.

La jeune génération est à la recherche de looks nouveaux et différents, à la recherche de leur identité. Surtout à Harajuku, quartier de Tokyo où les revenus sont relativement importants, les jeunes vivant à la maison avec leurs parents ont accès à une grande variété de styles d’avant-garde. La génération des années 90 était douée pour mélanger les apparences. La rue était leur scène. Les jeunes se faisaient concurrence, créant de plus en plus de styles grotesques et originaux.
Mode de rue au Harajuku | tokyofashion.com©
Mode de rue au Harajuku | tokyofashion.com©

Eric : Quand on y pense, les vêtements traditionnels japonais sont très populaires en Europe et aux États-Unis. Pour quelles raisons à votre avis ?

Sono : Premièrement, après l'ouverture forcée du Japon au commerce international à grande échelle au début des années 1850, une fascination s'est propagée à travers l'Europe pour les articles de ce pays exotique : ses textiles, ses céramiques, ses éventails en papier, ses gravures sur bois et plus encore. Pendant ce temps, le terme «japonisme» a été inventé pour décrire des œuvres fabriquées en Europe et aux États-Unis qui incorporent des motifs et des principes esthétiques à partir de ces images fraîches qui ornaient ces produits importés. Le succès de l'exposition Hokusai au Grand Palais, avec 357 217 visiteurs en 2015, démontre la fascination constante pour l'Art japonais.


Cet intérêt pour l'Art et la mode japonaise a atteint la culture pop occidentale dans les années 1970. David Bowie lui-même a recherché Kansai Yamamoto, le célèbre créateur de kimono japonais, qui est venu à Paris pour créer les costumes de la tournée Aladdin Sane de Bowie en 1973, ce qui a donné lieu à une série de pièces désormais emblématiques, comme un kimono court en satin ou un body uni-jambe en tricot qui a été influencé par les couches de textiles du kimono. Dans son essai David Bowie: Critical Perspectives, récemment publié, l'historienne de mode Helene Thian écrit que le choix de Bowie de montrer son goût pour la mode japonaise symbolisait un lien nouvellement formé entre l'Est et l'Ouest. Dans les années 1970, le Japon était encore considéré comme «l'Autre» par une grande partie de l'Europe et de l'Amérique du Nord, et comme un «ancien ennemi de la Seconde Guerre mondiale». Bowie, avec son personnage fictif Ziggy Stardust, étranger et androgyne, a mis en valeur des costumes nés de la culture «extraterrestre» du Japon.

En conséquence, il n'est pas difficile de trouver des motifs et des formes  inspirés du kimono — comme les manches de kimono — lors des défilés de mode.

David Bowie dans une combinaison créée par Kansai Yamamoto©
Kansai Yamamoto©

Eric : Suivant les facteurs économiques et culturels, à partir de quelle limite peut-on qualifier cet usage artistique d'appropriation culturelle ?

Sono : La frontière entre l'appropriation et l'inspiration est mince. L'appropriation culturelle fait référence à une exploitation injuste ou au plagiat d'une culture minoritaire. À plus grande échelle, la culture mêle de nouveaux éléments aux anciens et les fait évoluer en synergie. Le concept d'appropriation ne critique pas un tel croisement culturel, mais plutôt un phénomène très spécifique, celui de l'utilisation des éléments culturels locaux colonisés sans respecter leur contexte historique
. La controverse autour de l'appropriation culturelle est en grande partie une énigme du 21
e siècle, en particulier aux États-Unis et en Europe. Edward Said a soutenu, dans son livre fondateur Orientalism, que la vision condescendante de l'Occident sur l'Orient est basée sur les stéréotypes et la fantaisie. Ces débats sont devenus courants, refaisant régulièrement surface sur Twitter, Facebook et Instagram. Selon la Stanford Encyclopedia of Philosophy, l'orientalisme a influencé la discipline académique des études post-coloniales, qui se préoccupe des «pratiques de représentation qui reproduisent une logique de subordination qui perdure même après l'indépendance des anciennes colonies».

Fondamentalement, Said a démontré que connaître l'Orient faisait partie du projet plus global de le dominer. En juillet 2015, le musée des Beaux-Arts de la ville de Boston a annulé les mercredis kimono que les manifestants ont étiquetés comme une forme de racisme. Le musée invitait les visiteurs à essayer une réplique de kimono devant «La Japonaise» de Monet. «Nous avons tous été très surpris par la réponse,» a déclaré la directrice adjointe du musée, Katie Getchell. «Nous pensions que ce serait une occasion éducative pour les gens, d'avoir des rencontres directes avec des œuvres d'art, ce qui aiderait à mieux comprendre les différentes cultures.»

La mégalomanie des manifestants confondait le japonisme avec des images stéréotypées des Asiatiques. Les Japonais ne sont pas les mêmes et ne doivent pas être confondus avec les Chinois, les Coréens, les Laotiens, les Vietnamiens ou les Thaï. À la fin du 19e siècle, les Japonais ont donné leur Art à la consommation occidentale et ont consciemment contribué à sa circulation sur les marchés alimentés par une fascination pour l'Orient exotique.

En effet, toutes les personnes, qui se sont identifiées comme japonaises dans l’article du NY Times traitant de la controverse du musée, ont exprimé leur confusion lors des manifestations. 
Exposition Kyoto to Catwalk | Musée V&A©
Homogenic | Björk, N. Knight  & A. McQueen©
Eric : Comment la culture kimono s'intègre-t-elle dans le monde actuel de la mode ?

Sono : Le kimono porte un message anti-mode. Aujourd'hui, les vêtements deviennent de moins en moins sacrés, et l'étiquette «prêt-à-porter» se rapproche beaucoup de «prêt-à-jeter». Les ateliers ou la transmission du savoir-faire ont été sacrifiés par la mondialisation. Les couturiers du passé ont intégré les corporations pour survivre. Les marques elles-mêmes collaborent de plus en plus pour rester à flot. Tout le marketing est comme une religion creuse sans valeurs obligeant les gens à consommer. L'avenir, c'est le partage, pas le fast-fashion ou ses images, qui nous mangent vivants.

Le mot «kimono» signifie littéralement «quelque chose à porter». Le kimono lui-même est un simple vêtement de coupe droite qui ne prend aucune forme sans corps. Les vêtements de style occidental sont construits à l'avance, ils ont leur forme structurée. Au cours des dernières décennies, tout a été conçu pour nous faciliter la vie. Il est plus facile et plus rapide de prendre une douche mais nous préférons souvent une source thermale, un spa ou un bain relaxant. La culture s'oppose à la civilisation, il s'agit d'être conscient des inconvénients et de les apprécier. Il est évidemment plus facile de mettre un t-shirt et un jean que de porter un kimono, cela demande de la pratique dans les moindres détails, du nœud de ceinture à la technique d'enveloppement, qui développe la conscience du comment et du pourquoi.
Les humains sont les seuls animaux qui portent des vêtements, la culture qui émerge de ce phénomène prend de nombreux visages. D'où les oppositions entre le slow-food et le fast-food, l'anti-fashion et le fast-fashion, les aliments bio fait maison et un repas surgelé réchauffé au four micro-ondes. Lequel de ces éléments vous fait le plus plaisir ?

Eric : Vous soulignez que le kimono est écologiquement propre. Pouvez-vous nous l’expliquer plus en détail ?

Sono : Il y a un mot en japonais, mottainai. C'est un terme véhiculant un sentiment de regret concernant les gaspillages. Ce terme est devenu célèbre lors d'une session des Nations Unies, où l'écologiste kényane Wangari Maathai a introduit ce mot comme slogan pour la protection de l'environnement. Elle a expliqué que la signification du terme mottainai englobe les quatre R : réduire, réutiliser, recycler et réparer. Elle a fait valoir que «nous devrions tous utiliser efficacement des ressources limitées et les partager équitablement si nous voulons éviter les guerres résultant de différends sur les ressources naturelles».

Le kimono est parfait pour cet acte éco-social car il est porté enveloppé et peut être facilement ajusté en terme de tailles. Il est très courant pour les femmes japonaises de passer leurs kimonos à leurs filles ou même à leurs petites-filles. De plus, la coupe droite fait moins de déchets, elle n’en fait presque aucun, ce qui simplifie le recyclage des tissus.
Détail textile | Comptoir de Kimono©
Eric : Quelle est la place du corps pour les Japonais ?

Sono : C'est un point de discorde entre le Japon et le monde occidental. En été, la température peut atteindre 35 degrés Celsius dans certaines régions du Japon. Et même dans ce contexte, il est impoli de montrer votre peau, surtout si vous êtes une femme. Si vous portez un débardeur en travaillant dans une grande entreprise japonaise, votre comportement peut être condamné et comparé à celui d'une prostituée. Le consensus général est que les Japonais cachent leurs corps. Cette philosophie touche notre point de vue sur la nudité et l'érotisme, en particulier en ce qui concerne la publicité de mode.
Les Japonais sont plus concernés par la conservation que par l'exposition. Sinon, le corps lui-même est vulgarisé, sa valeur devient terne et banale. Comparez également une femme portant de beaux sous-vêtements et celle complètement nue, toutes deux juste devant vous. Les Japonais sont ceux qui préféreraient la première : la mode devrait vous fournir des outils pour envelopper le corps comme un beau cadeau, pas l'inverse.

Eric : À quel moment avez-vous décidé de changer de vie et de porter un kimono tous les jours ?

Sono : J'ai commencé à porter de plus en plus le kimono après le tremblement de terre de 2011. Une douzaine de femmes japonaises à Paris ont soutenu le Japon pendant ces temps difficiles en le portant, comme un mouvement caritatif. J'en faisais partie. J'ai participé, en tant que professeure, à des cours de kimono pour les étrangers. Et en tant que militante, je paradais habillée en kimono chaque mois au Salon de thé. Tous les dons sont allés aux associations soutenant le Japon. Au fil du temps, de telles occasions se sont multipliées et je me suis habituée au kimono. L'année dernière, j'ai décidé de promouvoir ce vêtement en le portant partout où j'allais, en le défendant en ligne et en ouvrant ma propre boutique à Paris. Mon chemin ne vient que de commencer.
comptoirdekimono.fr | 21 Boulvard Saint Martin 75003 Paris
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Chantal Thomas & Sono Fukunishi à la fête de vendange
Sono Fukunishi©

HOMEMADE


Qu'est-ce que HOMEMADE ? C'est une émission, un programme YouTube, né en plein confinement de la volonté d’une équipe de partager sa passion pour l’Art et le Design. Les moyens de production sont légers, et surtout distants les uns des autres, mais l’envie de faire l’emporte sur les restrictions de liberté ! Les conditions de réalisation sont par conséquent depuis le début très particulières. Chacun travaille chez soi en communiquant par mail ou téléphone. Les indications sont réajustées au fur et à mesure de la réalisation. HOMEMADE, c’est aussi la possibilité pour les artistes de tous horizons de se produire de chez eux. Notre appel à participation nous a conforté dans notre idée de partage et d’échange, quelles que soient les circonstances. Depuis, le déconfinement progresse, mais le périmètre de déplacement autorisé nous limite encore. Qu’à cela ne tienne, nous poursuivons le défi ! HOMEMADE présente des artistes du monde entier avec des cultures et identités plurielles.
 

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CULTURAMA HOMEMADE #17 | ANNE KATRINE SENSTAD
L’enveloppe en organdi
PRÉSENCE BLANCHE
Angélique
Atelier d'ANGÉLIQUE | 2020 | ANGÉLIQUE©

Eric de CULTURAMA : Vos sculptures ont pour particularité d’utiliser, outre des matériaux comme la résine et le PET, une matière textile, l’organdi. Dans votre atelier, la blancheur et la luminosité frappent l’esprit du visiteur. D’où vous vient cette fascination pour le blanc ?

Angélique : Dès que j’ai commencé, j’ai enlevé la couleur parce que je voulais m’éloigner de la réalité dans ce qu’elle a de charnel, ou de matériel, tout en respectant le réalisme dans la forme. Il s’agit de rendre sensible et présent, et en même temps d’abstraire de la matérialité. Ce n’est pas uniquement le blanc qui m’intéresse mais tout autant la transparence que j’obtiens par le choix de mes matériaux : le PET est un polytéréphtalate qui se présente en plaques transparentes thermoformables. 

Atelier d'ANGÉLIQUE | Magazine Côté Paris, janvier 2016 | Marietre Moulet©

L’organdi est un coton très fin avec une trame ajourée à travers laquelle on peut voir. Ainsi mes sculptures sont en quelque sorte la constitution de l’enveloppe du sujet artistique choisi, sujet humain ou objet. Je restitue la surface. L’image la plus proche pour illustrer mon travail, serait peut-être la mue, appelée encore exuvie, bien que j’aie quelque réserve à cette comparaison parce que là encore il y a une idée de temporalité, de déroulement… on sait qu’il s’agit d’une enveloppe vide, que l’animal en est sorti. Alors que l’image que je veux créer c’est tout à la fois, vraiment dans le même moment, rendre présent et absenter.

CULTURAMA HOMEMADE #8 | ANGÉLIQUE LEFEVRE
J’ai été brocanteuse et les objets anciens nous parlent d’époques disparues. Ces objets, qui ont été conservés pour arriver jusqu’à nous, sont devenus rares et nous semblent précieux. Ainsi aimerais-je faire ressentir des images de notre présent, comme ayant déjà disparu et devenues rares dans ce décalage temporel : un présent anticipé comme un passé.
Had3sia plan rapproché | Organdi résine polymère | 2007 | ANGÉLIQUE©

Eric : Votre exposition en suspens, reportée probablement en septembre, s’intitule Prosôpons, terme de grec ancien voulant dire «visages» et «masques». Le Prosôpon désigne une «personne», depuis le second siècle avant JC. Du masque jusqu’au personnage, pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce projet ?

Angélique : Je collectionne depuis des années les emballages thermoformés transparents de jouets, d’outils, d’objets de décoration, de produits de beauté… qui conservent les contours des objets d’origine. On voit l’analogie avec mon travail : ils ont la forme de ce qui a disparu. J’ai rassemblé pour cette exposition ceux qui, par l’agencement de leur contenu, forment des têtes stylisées et les ai tirés en plâtre acrylique. Hasard, stratégie commerciale, travail de designer, calculs préréglés de machine, quid de cette esthétique anthropomorphe ? Le résultat donne quelque chose de votif pour leur parenté avec des masques d’Arts premiers, et questionne sur le côté anthropomorphique récurrent, conscient ou non, des emballages industriels.

Prosôpon | Plâtre acrylique | 2019 | ANGÉLIQUE©
Repenser la façon de porter le masque en période de déconfinement Ancre
POWER MASK
Walter Van Beirendonck

C'est la fête | Musée Wereldmuseum, Rotterdam | Coco Fronsac©

Qui aurait cru que le masque deviendrait chose courante dans les rues d'Europe ? Revenons sur une exposition passée pour nous questionner sur cet aspect de notre vie quotidienne. Walter Van Beirendonck fut le curateur de l'exposition Power Mask qui s’est tenue de septembre 2017 à janvier 2018 au Wereldmuseum de Rotterdam — une rencontre entre l'œuvre de Margiela, celle de Basquiat et les masques tribaux de Papouasie-Nouvelle-Guinée.
POWER MASK | Musée Wereldmuseum, Rotterdam | Walter Van Beirendonck©
Le masque est un motif récurrent de la carrière de Walter, et ce, depuis ses débuts dans les années 1980 avec le groupe pionnier des Antwerp Six, qui a redéfini l'esthétique des eighties et a consacré la mode belge. Depuis les événements de mars 2020, on regarde autrement les masques de Walter à la fois drôles, frivoles, fétiches, romantiques, maquillés, imprimés. Autant pastiches que détournements, ils trouvent leur influence dans l'Histoire du monde et dialoguent avec les objets du Wereldmuseum.
POWER MASK | Arttube©
ANNEXE
Kimono & streetwear Jotaro Saito | V&A©
Exposition Kyoto to Catwalk | Musée V&A©
Masque de filtration d'air | Aō Air©
Couverture du magazine Fruits de Shoichi Aoki©
Couverture du magazine Fruits de Shoichi Aoki©
Space age SS15 show | Junya Watanabe©
Manteau kimono | Issey Miyake©
Trace | Koji Tatsuno©

CULTURAMA
 

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COUP DE CŒUR HOMEMADE #13 | «Avant les oiseaux»
CULTURAMA HOMEMADE #16 | SHOPLIFTER
DISCOVERY | BIZHAN BASSIRI | Entretien pour CULTURAMA


Rédaction

 
Barbara Marshall | Grigoriy Manucharian | José Man Lius 
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