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LIBRE | Première exposition solo à la Galerie Thierry Marlat | Stéphane Trois Carrés©
L'ARTISTE ET L'INEFFABLE #ThierryMarlat

Pour ce 32ème numéro, CULTURAMA continue ses investigations hors des sentiers battus, explorant la relation entre Art et Mathématique.
 


Pour plus d'informations sur un article, cliquez sur les images qui l'accompagnent
L'exposition LIBRE de Stéphane Trois Carrés, qui se tenait à la galerie Thierry Marlat, était consacrée à la figuration libre par la peinture et l'art numérique. À l’occasion de cet événement, CULTURAMA a réalisé deux interviews exclusives. 
Un magnifique studio en désordre | Huile sur toile et jet encre | ADAGP Galerie Thierry Marlat | Stéphane Trois Carrés©
LIBRE
LA MATHÉMATIQUE DE L'INTUITION #FR
STÉPHANE TROIS CARRÉS
Eric de MA’A* : À la fois vidéaste et peintre, vous développez une « mathématique de l'intuition ». Le digital a bouleversé le marché de l’Art, que ce soit par les visites de musées virtuelles et interactives, ou par l’utilisation de la cryptographie pour sécuriser les ventes aux enchères. Quelle sera selon vous la prochaine métamorphose majeure ? 

Stéphane Trois Carrés : Afin de répondre à votre question, je souhaiterais m'interroger sur la fonction anthropologique de l'art. On sait que l'art est l'ensemble des formes, gestes et récits qui expliquent l'humanité à elle-même. C'est ainsi que l'art longe les métaphysiques afin de rassurer ce primate stupéfait de sa mort et du cosmos. Stupéfaite aussi, rongée par l'explication de son existence, l'humanité organise des objets et des récits pour accéder à l'éternité et à l'omnipotence. En observant la société des acteurs de l'art, on y verra le désir de puissance et la combustion herméneutique pour circonscrire la menace permanente de la disparition et du vertige auto-référentiel. 
N+1 | Performance réalisée avec l'aide de la Bourse d'Art Numérique de la Société Civile d'Auteur Multimédia et la Société Toshiba France | Stéphane Trois Carrés & Bernard Maltaverne©

C'est ainsi que les spécialistes de l'art se comportent souvent : comme une classe transcendante, clergé de l'immanence. Ils animent les jeux de miroirs de la référence et de l'analogie. L’anthropologie de l’art longe les inquiétudes métaphysiques de l’homo sapiens, et qu’importe qu’il dépouille la métaphysique, l’immanence est impuissante à expliquer le miracle de l’existence. Alors de nouveaux acteurs apparaissent, esquissant de nouvelles conditions anthropologiques, mais restant encore homos sapiens. Nous entrevoyons la suite, on peut l’imaginer, il y a même des récits pour cela. La science-fiction a tenté d’en expliquer les formes, probablement Bruce Sterling (Mozart en verres miroirs), Serge Brussolo (Évacuation immédiate des Musées Fantômes et Plus lourd que le vent) et J.G. Ballard ont su le mieux évoquer la prochaine étape de l’art tant d’un point de vue économique que procédural et symbolique.

Sans Titre N°D/005AB/2012 | Huile sur toile | Stéphane Trois Carrés©
Eric : La révolution en cours a ceci de particulier qu’elle dépasse toute mesure et procède de manière accélérée. Comment la situer à l’échelle de l’histoire de l’humanité justement ?

Stéphane : L’art n’est qu’un des symptômes de la rupture essentielle que représente la transformation du verbe en procédure. Car un logiciel est une description et une recette qui agissent sur des objets finis et définis : les unités binaires. C’est ce que l’on nomme en mathématique une discrétisation. Auparavant le monde était continu, les concepts, les représentations et les récits étaient immergés dans la parole humaine. Maintenant les images sont des quantités définies d’information ; le monde est décrit en parties finies. Si la matière reste présente, une couche de description l’englobe et commence à avoir une existence aussi dense que le monde phénoménal. Le monde nouménal, ou le monde intelligible selon Kant, s’est converti dans le numérique.
Des circulations permanentes sont entretenues entre ces deux modes de description. Et cela touche toutes les techniques humaines. Le corps humain commence à être concerné par cette révolution et les moyens digitaux offrent maintenant des interfaces à la conscience. C’est une révolution anthropologique dont on ne peut même pas encore imaginer les potentialités esthétiques : partages de rêves, d’expériences, univers psychiques mis en ligne, et tant d’autres systèmes venant compléter les formes traditionnelles. Mais il ne faut pas se leurrer, les technologies pour cela sont très sophistiquées et elles sont dépendantes des contextes socio-économiques et industriels. La raréfaction des terres rares ou la perturbation d’une usine de fabrique de processeur peuvent mettre à terre ces moyens techniques aux aspects mythologiques, renvoyant l’humanité vers les moyens les plus simples du récit.
La très large question du discret au continuum | Huile sur toile et jet encre | ADAGP Galerie Thierry Marlat | Stéphane Trois Carrés©

Eric : L’art tout comme la science gagne en potentiels extraordinaires mais cette dépendance aux technologies le rend aussi très vulnérable. Comment imaginez-vous les pratiques artistiques de demain ?

Stéphane : Le cinéma est né dans les éclairages des cavernes, dans des théâtres d’ombre et de lumière, dans la rotation rapide d’un os plat sur lequel sont gravées recto-verso deux poses de la course d’un renne. Systèmes simples et résilients qui témoignent d’une humanité de chair et de sang… La prodigieuse aventure technologique nous rend paradoxalement puissants et fragiles. Après tout, qui saurait actuellement refaire un processeur avec du sable et de la chaleur ?

On organise des formes de plus en plus sophistiquées qui peuvent disparaître dans un simple effet électromagnétique causé par une éructation solaire. C’est ainsi que l’art à venir sera de plus en plus gazeux mais aussi de plus en plus complexe, dans son économie et ses formes. J’évoque cela sans spéculer sur les langages à venir ! Alors je dessine toujours.
Un nouveau désordre | Bombe sur toile et jet encre | ADAGP Galerie Thierry Marlat | Stéphane Trois Carrés©

Eric : Focalisons-nous sur le concept de discrétisation mathématique que vous décrivez comme le moyen d'extraire l'unité d'information pour la rationaliser. Quelle est son importance dans l’élaboration plastique ?

Stéphane : La discrétisation est le seul moyen de calculer les phénomènes continus. En intégrant des petites parties, on tend vers le continu, une somme finie de valeurs calculables. C'est cela que l'on fait avec nos scanners, nos appareils photographiques, et nos réseaux téléphoniques. Auparavant, les formes étaient des empreintes analogiques : sur une échelle de fréquences, on faisait varier des valeurs de variables acoustiques et chimiques qui laissaient des traces sur des supports matériels.

Quand il a fallu les transmettre à distance, le seul moyen était de les convertir en électricité, pour cela il fallait choisir un échantillonnage, des fréquences suffisamment abondantes et précises pour traduire le phénomène physique observé. L'étape suivante fut la digitalisation. C'est ainsi que le rapport du continu au discret baigne notre histoire technique. Et cela a des conséquences sur l'ontologie de nos formes, quelles qu'elles soient.

Eric : On dit que les difficultés forgent le caractère. Dans votre cheminement artistique, quel défi vous a le plus déterminé ?

Stéphane : Je ne pense pas en termes de défi. Il y a des choses que je dois faire et refaire dans d'autres contextes, il est agréable de les réussir, mais il peut aussi être intéressant d'échouer ou d'aboutir à un endroit inattendu. L'existence créative n'est pas un fleuve tranquille, c'est cela qui rend cette activité intéressante. Le défi est par conséquent quotidien... Il faut exister avec soi avant d'être avec les autres. Exister s’avère donc un défi ; il est tellement apparent que l'on ne le voit même plus.

+d'infos : Site officiel | Courriel
Atelier de Stéphane Trois Carrés©

« Alors que l’histoire des idées en Occident est parcourue par un débat permanent entre l’utilisation des images et leur refus (iconoclastie), les outils d’imagerie numérique procèdent à une boucle stupéfiante, où les concepts les plus raffinées des mathématiques produisent des phénomènes visuels mimétiques extrêmement efficaces. »

Stéphane Trois Carrés, Les Boucles de l’Acheiropoièse

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DU DISCRET AU CONTINU ET VICE VERSA
L'ARTISTE ET L'INEFFABLE #FR
Thierry Marlat
North Pacific Ocean Stinson Beach, 1994 | Galerie Thierry Marlat, 2003 | Hiroshi Sugimoto©

Eric de MA’A* :  Une image peut-elle selon vous approcher la perfection ?

Thierry Marlat : C’est une question philosophique. Comme proposition, il conviendra de rester platonique, de s’éloigner de l’ego. Ce qui compte alors, c’est l’état qui suit l’œuvre. Est-ce que cela incite ou est-ce que cela dépérit ? Est parfait ce qui continue, c’est-à-dire ce qui acquiert une forme d’éternité. La photographie parfaite est éternelle. Elle concentre l’univers, le cosmos, l’homme, la nature, l’être au sens le plus universel qui soit.

Il n’y a pas de photographie parfaite mais il y a des photographies qui rassemblent tant, tant du tout dont on est capable, qu’il est impossible de lui échapper. C’est-à-dire, votre question interroge autant l’artiste, auteur de la photographie, que celui qui la regarde. 

L’œuvre est parfaite quand non seulement elle convoque le regard qui contemple, comme pour une mise au point, mais également quand elle incite le regard qui vient à sa rencontre. Elle crée du mouvement, un déplacement dans la pensée, dans la posture. Elle engendre.

Chance Meeting, 1972 | Galerie Thierry Marlat, 2007 | Duane Michals©

Eric : Quelle est la responsabilité de l’artiste par rapport à sa création ?

TM : L’artiste est toujours à mi-chemin entre l’homme et Dieu, ou tout cet ineffable que l’on appellera Dieu ; pourquoi ne pas lui donner ce nom-là ? L’artiste tente d’élever l’homme en le rapprochant de Dieu. D’une certaine manière, il est une machine aspirante, du bas — l’homme cloué au sol — vers Dieu — l’élévation suprême. Pour autant, l’œuvre parfaite, la photographie parfaite, réunit la terre et le ciel, l’homme et Dieu. L’œuvre parfaite se contente d’élever l’homme vers l'ineffable et repousse l’ineffable : elle ne l’efface pas, elle le déplace. L’œuvre parfaite crée de l’ineffable, raconte de l'ineffable. Ainsi, la photographie n’est rien d’autre qu’un médium particulier, comme le fusain ou le sang que l’on utilise pour tracer. Les techniques sont des moyens, non des finalités en soi. L’artiste a le choix. C’est la multiplicité des techniques, du médium, c’est l’univers des possibles. Et son art de vivre dans cet univers est donc de faire des choix, qui font de lui un artiste.

Le premier devoir de l’artiste est d’être libre. Le second devoir de l’artiste est d’être au cœur du cosmos. La règle du jeu est de ne pas s’échapper, mais d’intégrer. Ce discours se retrouve aussi bien chez Marcel Duchamp que chez Jeff Koons, Irving Penn, Stéphane Trois Carrés, Corinne Lagorre ou bien chez votre serviteur. Seuls les artistes qui ont pleinement conscience d’être au cœur du cosmos — et qui ne s’en font pas ! — m’intéressent. La conscience est évidemment au cœur du génie. Parce qu'il y a évidemment du génie là-dedans.
Sans Titre, 1998-1999 | Galerie Thierry Marlat, 2008 | Bill Henson©

Eric : Les mathématiques en tant que sources de connaissance abstraite permettent de réinterpréter le réel en l’épurant, en le débarrassant en quelque sorte du chaos. Pourront-elles un jour définir ce génie artistique que vous évoquez, comme elles l’ont fait pour l’harmonie géométrique avec le nombre d’or, par exemple ? Par extension, quelle théorie mathématique s’applique le mieux à la création photographique ?

TM : Votre question est multiple. Les mathématiques sont plurielles, c’est important.  Le point de départ d’une mathématique, c’est le nombre, soit un code pour mémoriser les données. Or, les Grecs anciens affirment : on a seulement besoin des nombres entiers. C’est après avoir imaginé les espaces numériques continus — l’infiniment grand et donc l’infiniment petit, et par conséquent, la dichotomie, puis le nombre réel, — que l’on a provoqué un raz-de-marée mathématique dont la théorie des probabilités est peut-être l’aboutissement, au moins l'un des aboutissements, avec comme application tonitruante l’intelligence artificielle.

Sans Titre, 1936 | Galerie Thierry Marlat, 2007 | Archiv Ann und Jüngen Wilde, Zülpich | ADAGP musée du Jeu de Paume | Albert Renger-Patzch©

L’intelligence artificielle concrétise parfaitement l’impact des modèles continus sur non seulement notre vision du réel mais également notre traitement du réel. Elle tente de projeter une image de la façon dont nous, les humains, abordons le réel. Les mathématiques discrètes, quant à elles, n’ont pas cessé de nous interroger. En d’autres termes, la question qui est sans cesse ressassée, oubliée, puis encore ressassée est : « Après tout, le monde est-il discret ? » Est-ce que l’homme n’a pas inventé le nombre décimal, est-ce que l’homme n’a pas tout décimé tout simplement parce qu’il se sent plus à l’aise avec le continu qu’avec le discret ? Il s’agit d’une des grandes questions qui taraudent le monde mathématique. Et c’est peut-être une fausse question, c’est-à-dire une question mal posée. Car si l’on transpose l’analyse du nombre vers l’ensemble, alors la continuité n’est plus une nécessité. On peut se satisfaire d’entités entières, numériques. On est clairement dans le monde de l’ordinateur.

Daisy Waterfall, 1971 | Galerie Thierry Marlat, 2016 | Andy Warhol©

Skull walking cane, 1988 | Galerie Thierry Marlat, 2016 | Robert Mapplethorpe©

Eric : Quelles sont les places respectives de l’ordre et du chaos dans ce nouveau monde ? Et, question corollaire, comment y situer l’artiste ?

TM : Pour aborder la notion de chaos, les mathématiciens ont commencé par inventer un langage qui lui soit propre : d’abord 1, puis 2, issus du chaos comme des produits du chaos, et ensuite tout le langage mathématique dont le bourbakisme a produit l’apogée car il est apparu que, pour organiser ce chaos en langage, au cœur de la construction doit se situer une mécanique, une logique — un plus un égal deux, et le reste. Pour autant, les mathématiques organisent le chaos, mais en même temps, elles le préservent, étant donné le caractère pluriel des mathématiques. Très simplement, les mathématiques sont justes — parce que, sinon, ce ne sont plus des mathématiques — mais elles ne sont pas vraies, elles ne sont pas réelles. Cependant, le chaos est-il une réalité ou une vue de l’esprit ? Euler l’avait très bien compris lorsqu’il a inventé le nombre imaginaire. En mathématique, tout est imaginaire, simplement certaines simplifications semblent justes parce qu’elles collent, elles coïncident bien avec le réel.

Mais quelle est la mathématique de cet espace d’ordre et de chaos ? Votre question trouve une résonance particulière dans le monde de l’art : l’artiste est au cœur de l’ineffable, autant dire du chaos. Pour autant, l’artiste est nécessairement joyeux puisque son art consiste à vivre dans le chaos : il trouve de l’ordre là où d’autres seraient perdus. Il a sa mathématique, sa mécanique, sa logique qui est évidemment une mathématique du chaos, une mécanique qui produit de l’ordre, une logique qui ne s’effondre pas en un instant. Cette idée, très belle de l’effondrement tardif, est une idée de Trois Carrés qui restitue à toute mathématique sa poésie, c’est-à-dire qu’elle rappelle son caractère temporel essentiel à toute mathématique. De fait, les mathématiques et l’art s'intéressent semble-t-il à une idée commune : la coexistence de l’ordre et du chaos. Ce sont des sortes d’adjoints, l’un travaillant dans une perspective inverse, duale ou négative de l’autre. L’univers concret que l’homme a construit est fait ainsi : de oui et de non, d’une chose et de son contraire, du yin et du yang, un peu comme un sablier qui n’a aucun sens si l’on n’a pas la possibilité de le retourner, mais l’image est très décalée cependant.

Le chaos est mon métier | Carnet d'artiste | Stéphane Trois Carrés©
Alors, dans votre question, il y a l’idée de la solution : est-ce que, par magie, ou par science, on peut trouver la solution ? C’est l’idée du nombre d’or qui résoudrait la difficulté du cadre, c’est l’idée de la solution miracle qui nous délivrerait de l'incertitude. Pour cela, voir son psychanalyste ou bien pratiquer le yoga. L’homme, comme la nature, est une essence qui émane à la fois de l’ordre et du chaos. Enlevez-lui l’un ou l’autre et il meurt par asphyxie. Par contre, l’art et les mathématiques ont un art de vivre similaire. Ils ont une grande fraternité, une grande liberté et ils proclament leur égalité comme un devoir qu’ils se donnent à eux-mêmes. Ils ne sont évidemment pas les seuls à proclamer ce genre de chose. Mais chaque fois qu’un mathématicien avance, chaque fois qu’un artiste termine une pièce, chaque fois que l’un ou l’autre se retrouve assis gagné par la joie, alors chaque fois il proclame : voilà ce que j’ai produit, on verra plus tard pour le reste. Et immédiatement, il se relève pour continuer, car plus tard, c’est toujours maintenant. Cette mathématique, cette mécanique, est l’une des composantes du génie qui ne se donne pas le temps mais qui le prend. Revenons donc à la photographie. Toute photographie est un théorème ou presque ; je ne sais rien du reste. Cette conjecture de la Galerie Thierry Marlat n’a pour l’instant pas officiellement été démontrée. Ceci dit, une prochaine exposition de la Galerie devrait s’intituler « Exposition de théorèmes ou presque », si jamais l’avenir radieux le confirme.
Le chaos est mon métier | Carnet d'artiste | Stéphane Trois Carrés©

Eric : En développant votre notion de mécanique d'artiste, serait-il judicieux de dire que le rapport du continu au discret baigne, en fait, toute l'histoire de l'art ?

TM : Que l'artiste soit au cœur d'un processus chaotique et qu'il soit en rapport avec des questions plus vastes, cela émerge comme une évidence quand on est marchand d'art, galeriste ou collectionneur. Un artiste est d'abord une contribution majeure à la mise en lumière de l'humanité. C'est donc un ressenti pragmatique, une observation, que l'artiste soit dans une mécanique propre qui emporte et qui intègre tout un cosmos, des univers. Dans ce processus, la temporalité demeure un concept essentiel. L'action painting en est l’une des illustrations les plus flagrantes, elle décrit très bien ce qui se passe entre la continuité, long temps d'intégration où l'artiste se charge de tout un potentiel, et le point discret où il restitue tout, dans l'œuvre, dans un acte, une série de gestes.

En photographie, l'acte précède la série de gestes. Dans la peinture, la série de gestes se termine par un acte : le tableau. Dans les deux processus, il y a de la continuité — intégration — et de la discrétion — acte. Est-ce qu'il est judicieux de proclamer ce rapport au continu et au discret ? Certainement. Cela nous rapproche du cosmos, cela nous ouvre à la transition numérique, cela ouvre des possibles. Cela permet d'ouvrir nos sens pour mieux appréhender le présent et le réel. 

LIBRE | Première exposition solo à la Galerie Thierry Marlat | Stéphane Trois Carrés©

Un artiste qui interpelle cette question est Walker Evans, de par sa froideur monstrueuse, son objectivité très singulière, non égalée. En fin de compte, sa justesse naît d'un acte fondamentalement discret, presque pulsionnel. Dans Porte 204 West, 13th Street, Greenwich Village, par exemple, une photographie réalisée en 1931, Walker Evans se place dans une posture qui fait de lui presqu'uniquement un appareil photographique ; il est essentiellement dans l'action de photographier ; il guette le cadre, la lumière, se plaçant hors de toute histoire, de toute continuité. Son affaire n'est pas de raconter mais de capter. 

La porte rassemble en elle-même toute sa charge historique. La même porte photographiée par Berenice Abbott en 1937 donne une photographie complètement différente, complètement narrative. Changement de cadre, changement de lumière. Abbot est dans la recherche d'une continuité. Dans cette affaire, celui qui fabrique du futur, c'est Walker Evans. 

Stéphane Trois Carrés procède comme Walker Evans, comme d'autres artistes de cette trempe : chargé de tout un monde, du chaos, à la manière d'un condensateur, — c'est ce que Stéphane appelle « procrastiner », et de ses procrastinations émergent ses carnets fabuleux. Ainsi, la toile devient le support d'un acte isolé, discret ; l'artiste est essentiellement dans l'action de peindre. La toile n'a pas besoin de continuité pour exister, la continuité pré-existe dans l'œuvre. L'artiste n'a pas à s'en soucier. Les œuvres d’Evans et de Trois Carrés ont ceci en commun : elles sont signées, de la manière la plus évidente, par la même main d'artiste. Devant des œuvres comme les leurs, on assiste à des naissances. Ce qui est certain, c'est que tout cela n'est pas simple à dire. Mais c'est le propre de l'art de contenir sa part d'ineffable. L'œuvre naît, l'analyse suit... Et c'est pour cela que l'on collectionne des œuvres, que l'on transmet des œuvres, pour se donner le temps de décanter dans l'ineffable. Sinon, on se contenterait d'échanger verbalement des idées...

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 « L'essence des mathématiques, c'est la liberté »
Georg Cantor

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