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 Éditeur d'Innovation Culturelle | ericdeculturama@gmail.com | N°43 | OCTOBRE 2020 

CULTURAMA, explorateur de tendances, est la nouvelle destination des découvreurs défendant le meilleur de l’Art, de l’Architecture et du Design afin de réinventer votre style de vie contemporain. À la fois webmagazine mensuel, diffuseur de création audiovisuelle avec CULTURAMA STUDIO, et plateforme éditoriale bilingue, CULTURAMA vous accompagne dans l’exploration de l’Art et du Design du 21e siècle, grâce à des coups de cœur, des exclusivités, des interviews, des reportages.
Sans titre | Peinture sur photographie | Acrylique et encre | 2019 | Christian Huvet©

 « C'est un vrai mouvement d'oxygénation, qui aborde de nouveaux artistes et de nouvelles pensées de l'Art contemporain, bien loin du marché ou de l'institution. Les curateurs sont les compagnons complices des artistes. Ensemble, ils s'engagent, dialoguent ou perturbent la ligne des chemins habituels de l'Art. »

Jean de Loisy, directeur des Beaux-Arts de Paris

L'Art de la catalyse
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Dans le domaine de l’Art contemporain comme dans bien d’autres, quand on aime, on ne compte pas, ni le temps ni l’énergie consacrés à l’émergence d’une pépite. L’aboutissement d’un projet collaboratif (avec des plasticien.ne.s, conservateur.rice.s, scénographes, etc.) résulte d’un long parcours au cours duquel le curateur.rice tient un rôle essentiel. C’est en effet il.elle qui maintient le cap malgré les nombreux obstacles. Les différentes étapes dans ce domaine se nomment entre autres : recherche d’œuvres, récolement, demande de prêts, édition de catalogues, vernissage, etc.

Work N°75 : Ici c'est Paris | 2012 | Nøne Futbol Club©
Le curateur.rice opère ainsi une véritable catalyse qui, lorsque le processus est complet, se parachève par l’immense satisfaction de partager le plaisir de sa découverte avec le plus grand nombre. Vous l’aurez compris, ce métier est d’abord une histoire de passion. CULTURAMA dirige le projecteur sur l’un des ces acteurs des coulisses : Nicola Ross. Ce dernier est animé d’une seule et même flamme, que ce soit dans ses projets avec le Mucem ou le Petit Palais, ou sa défense des artistes mauriciens.

Catalyseur de talents
UN CURATEUR, UNE PASSION
NICOLA ROSS

 

Eric de CULTURAMA : Curateur à l’international et ambassadeur culturel, vous avez un parcours riche en évènements. Quel est l'élément déclencheur qui vous pousse à suivre un artiste ou un autre ?

Nicola Ross : Je suis devenu curateur par amour, tendresse et nécessité. J’aime l’humain. Depuis plus de dix ans, je travaille dans différents univers artistiques. J’ai commencé avec l’Art vidéo auprès d’Indira Tatiana Cruz, artiste et curatrice colombienne. Je suis aussi l’auteur d’une recherche sur le relationnel dans l’Art vidéo — un travail dirigé par Cécile Camart, enseignante en muséologie. Ce qui m’incite à suivre un artiste, c'est l'expression du genre, la photo analogique, et l'esthétique du paysage. Une multitude de facteurs peut déclencher en moi l’envie de comprendre le mécanisme et le fonctionnement d'un artiste, d’un photographe, ou d’un plasticien. C’est cette envie de comprendre qui me motive à dénouer quelque chose d'aussi complexe que la démarche d’un artiste. Aussi, l’image me nourrit, la manière dont s’enchaînent les images, dont on les rassemble, dont on en crée du sens, cela m'inspire.

Histoire d'O | Performance d'Indira Tatiana Cruz | 2012 | Jean-Alain Le Borgne©

Née en 1975 à Bogota en Colombie, Indira Tatiana Cruz est une artiste franco-colombienne qui s’est formée en Arts plastiques et Sciences de l’Art d’abord en Colombie, puis à Paris. Par divers médias, son œuvre sensibilise le spectateur à ce qui nous rend humain, surtout face à l’adversité.

Par exemple, l'installation vidéo conçue par Tami Notsani pour l'exposition inaugurale du Mucem m'a interpelé par sa manière d'approcher la sensibilité humaine. Elle éveille en nous — nous le public, dont je fais partie, — une émotion, une compréhension du monde, de ses enjeux et de ses implications. Sa démarche consiste alors à développer notre propre sensibilité, par ses photos et vidéos pleines d’humanité. Telle est la valeur de son travail à mes yeux.

Garde à vous | Installation vidéo avec 6 projections murales en boucle | Mucem | 2013 | Tami Notsani©

Née en Israël en 1972, Tami Notsani vit et travaille entre Paris et Israël. Diplômée du Fresnoy et de Bezalel, l'École des Beaux-Arts de Jérusalem, sa pratique photographique interroge la relation entre identité, culture, territoire et lieu.

Eduardo Srur est un autre artiste que je suis. Il transmet un message fort en lien avec nos sociétés de consommation. Son Supermercado faisait partie de la recherche que j'ai effectuée pour le Centre Chorégraphique National du Val-de-Marne et qui critique ces sociétés auxquelles nous prenons part, de façon directe, passive ou alternative. Les ressources naturelles où finissent-elles vraiment ? Srur, par son rapport au matériaux comestibles, répond à cette question et interroge l’indifférence des consommateurs, directement dans l'espace du supermarché, endroit qui n'est pas normalement investi par l'Art, sous les yeux du public. Le corps est engagé dans la performance, expression artistique, dont le sens s’amplifie dans un espace commercial. Le corps se synchronise avec l'acte de création. La performance, l’Art en action, a lieu dans un temps donné, pour une durée donnée. Si elle peut être recréée, elle n'est jamais identique. C’est un tout unique. Le public change, les émotions et les états de tout un chacun aussi. Ce mode d'expression, combiné avec notre façon de consommer et de nous nourrir, questionne nos habitudes et notre société. Le choix final dépend de nous ; nous sommes tous et toutes responsables dans une société où différentes possibilités nous sont offertes.

Supermercado | Vidéo couleur | 2014 | Eduardo Srur et Fernando Huck©

Né à São Paulo, âgé de 46 ans, Eduardo Srur se met en scène dans les espaces urbains et publics pour attirer l'attention sur les enjeux environnementaux en lien avec la vie quotidienne dans les métropoles. Cette démarche lui permet d'élargir la présence de l'Art dans la société et de le rapprocher de la vie des gens.

L’exploration de ce que nous sommes demeure le fil conducteur de mon parcours, de mon rapport au monde et à l'Art. J’aime l’humain, comme je l’ai déjà souligné. L’Art me permet de comprendre l’humain. Il met en évidence l’absurdité de certaines tendances et de l’aspect anti-naturel de la société de consommation, qui se manifestent par exemple dans le fait de pouvoir manger des fraises, fruit d’été, en décembre. Les artistes, comme Maria Thereza Alves ou comme Eduardo Srur, avec leurs méthodes et leurs sensibilités, commentent ces observations. En tant que curateur, mes compétences sont mises au service des plasticiens, les aidant tout le long de la réalisation de leurs créations, d'une simple idée à une œuvre tangible. Je mets aussi mes compétences au service des institutions. Par exemple le Château d’Oiron, site du Centre des monuments nationaux, où je propose un travail sur la notion de Communauté — ce qui nous unit.

Eric : À votre avis, quelles sont vos qualités spécifiques en tant que curateur ?

Nicola : Ma sensibilité et mon expérience du terrain. Le fait d'initier un projet valorisant les ressources naturelles protégées et ainsi de souligner la nécessité de la préservation des œuvres des plasticiens, témoigne d'une différence, d'un regard, d'un positionnement pour la conservation des espèces naturelles protégées et pour le patrimoine.

What is the Color of a German Rose? | 2016 | Maria Thereza Alves & Galerie Michel Rein©

Née à São Paulo en 1961, Maria Thereza Alves enquête et témoigne sur des histoires oubliées. Ses projets sont basés sur la recherche et se développent à partir de ses interactions avec les environnements en question.

Eric : Né à Maurice, vous suivez les artistes en France et à l’international. Selon vous, les pratiques changent-elles en traversant les frontières ?

Nicola :  Pour moi, elles ne changent pas, je travaille de la même manière avec les Français, les Algériens, les Coréens et les Mauriciens. Il s’agit sans exception de l’envie d'accompagner et d'aider à transmettre un travail, du début à la fin, de la genèse vers la reconnaissance auprès des fondations, des galeries, des collectionneurs. La majorité de mon temps est donc allouée à la recherche : 2-3 ans avant même de finaliser le tout, je conceptualise le projet, rencontre les artistes, les partenaires, je dialogue constamment avec eux, en amplifiant leur désir de créer, ce qui demande du temps et de l'énergie. Ce processus passe nécessairement par le lien tissé avec l'artiste, grâce auquel s’enrichit et se conceptualise l’idée de départ pour, finalement, devenir accessible au public.

Pierre Argo et Nicola Ross | 2018

Né à Maurice en 1941, Pierre Argo passe par les ateliers des Beaux-Arts de Port-Louis sous la direction de Siegfried Sammer. Sa peinture est inspirée par les éléments des lieux qu’il habite. En parallèle, sa pratique photographique s'attache aux cultures et savoir-être du monde entier.

Eric : Quels sont vos projets à venir ?

Nicola :  Dans un avenir proche, j’envisage de mettre en lumière la richesse des artistes de Maurice, une île-pays où le monde entier se retrouve. Je pense au travail de Pierre Argo et de son regard sur la protection des espèces naturelles endémiques. Il photographie les faune et flore protégées depuis plus de 40 ans. C'est un véritable défenseur du patrimoine naturel mauricien, riche en histoire et culture. Il a entre autres introduit dans son travail photographique un drone qui lui a permis de capturer certains instants cachés. Pour ma part, j’ai conçu l’œuvre intitulée Round Treasure qui se fait en collaboration avec des artistes mauriciens et la Mauritian Wildlife Foundation, une organisation non-gouvernementale. Sans tout dévoiler, il s’agit d'une œuvre documentaire sensorielle où des images et des sons, captés sur le terrain, s'ordonnent et s'assemblent dans une installation vidéo. Round Treasure tient sa force dans un endémisme très fort, qui est mis en lumière à travers de multiples projections simultanées dans un grand espace. La conservation est un concept très important sur le territoire mauricien : le premier animal à disparaître de la planète, l’oiseau dodo, habitait l’île Maurice. Il est d'ailleurs désormais le symbole de la conservation des espèces partout dans le monde.

Le Paille-en-queue photographié sur l'île Ronde, au nord de Maurice, refuge endémique | 2019 | Pierre Argo©

La conservation des espèces naturelles protégées est omniprésente dans cette région : des animaux, des insectes et des plantes uniques, qui n’existent nulle part ailleurs, habitent cette terre. Il en va de même pour les plasticiens mauriciens : artistes talentueux, exceptionnels à beaucoup d’égards, mais dont le travail est en voie d’extinction. Ni musées d'art, ni fondations, ni aucune autre structure de conservation artistique n'existent sur cette île. Il faut y remédier. On peut dire que la scène des Arts plastiques mauriciens risque de disparaître, et qu'il faut la conserver comme les espèces naturelles de l'île. L’exemple de Nirmal Hurry est à ce titre très parlant ; c’est un sculpteur qui produit énormément mais dont nombre de sculptures ont été perdues à cause du manque de conservation adéquate.

Pavillon national de la République de Maurice à la Biennale de Venise | 2015 | Nirmal Hurry©

Je fais donc le lien entre les ressources naturelles à protéger et les œuvres d’Art des artistes de cette région de l’hémisphère sud, et elles ont la même valeur à mes yeux. Le hashtag #ConservationIsMyMotto (en français, Conservation est ma devise), que j’ai lancé sur les réseaux sociaux, est la manifestation de cette vision. Ma connaissance et ma sensibilité de ce territoire, où j'ai grandi, me rendent pleinement conscient de la valeur de son patrimoine. D'où l'idée d'un hashtag fédérateur, créé suite aux dégradations au fil des années, par exemple, sur l'île aux Aigrettes dont le littoral a été abîmé par l’échouement du Wakashio.
Les dégâts de l’échouement du Wakashio près de l'île aux Aigrettes | 2020 | Défi Media©

 « Les œuvres d’Art sont d’une infinie solitude ; rien n’est pire que la critique pour les aborder ; seul l’amour peut les saisir, les garder, être juste envers elles. »

Rilke

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CULTURAMA HOMEMADE est né bien avant l'émission homonyme de Netflix le 1er avril 2020 en plein confinement de la volonté d’une équipe de partager sa passion pour l’Art et le Design. Les moyens de production sont légers, et surtout distants les uns des autres, mais l’envie de faire l’emporte depuis le début sur les restrictions de liberté !

Les conditions de réalisation sont très particulières. Chacun travaille chez soi en communiquant par mail ou téléphone, les indications étant réajustées au fur et à mesure de la réalisation. Le déconfinement continue et de nombreuses difficultés persistent. Qu’à cela ne tienne, nous poursuivons le défi ! L’équipe de HOMEMADE persévère pour présenter des artistes du monde entier aux cultures et identités plurielles.

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