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MA'A* Cultural Innovation Editor  2018  ericdemonagendart@gmail.com

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Projet de pochette de disque pour le groupe Français Magma ✩ Paul Borrelli©
& LES MONDES ÉTRANGES DE PAUL BORRELLI

 
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Un numéro spécial consacré à une voix, à un regard d'Artiste.

Un univers hétéroclite
MONDES ÉTRANGES #FRANCE
Paul Borrelli

 
Eric de MA’A : La dystopie et le cyberpunk enrichissent vos univers littéraires. Pourquoi est-il difficile, voire impossible pour la majorité des auteurs, d'imaginer le monde du futur sans cataclysmes destructifs ? On se rappelle les grandes représentations romanesques du futur produites au XXème siècle : la plupart d’entre elles sont des dystopies mettant en lumière les conséquences des désastres au XXIème siècle, par exemple, Huxley, Orwell, K. Dick, Gibson, et vous qui parlez dans L’ombre du chat de l'extinction des animaux faute d'un conflit militaire. Est-ce une suite naturelle de vos recherches sur notre présent et la nature humaine ?

Paul Borrelli : Prédire la fin de l’humanité n’est pas une posture chez moi, il suffit d’observer comment Homo « sapiens » se comporte. Les frères Wachowski le comparent à un virus qui épuise toutes les ressources de son environnement, puis, incapable d’agir autrement, s’en va recommencer plus loin. Et je suis assez d’accord avec cette description. La surpopulation et le capitalisme, qui est un thème important dans mes romans, en sont les causes. En effet, si on pousse au paroxysme la logique du capitalisme, on voit qu’il ne se contente pas de répondre à des besoins, mais qu’il en crée, de toutes pièces, et qu’il inonde le marché de produits toujours plus polluants. Ainsi, les individus se voient solliciter à outrance, et consomment sans se poser de questions, puisque tout les y incite.
La mauvaise pente ✩ Peinture numérique ✩ Paul Borrelli©
Un patron, un « décideur », s’il marche dans une forêt, n’y verra pas des arbres, des ruisseaux, des animaux. Non, il y verra du mètre carré, inexploité, et donc perdu. On pourrait y mettre des immeubles, des usines, des autoroutes. La rentabilité immédiate est son but. Le capitalisme n’est pas moral, il veut tout dévorer puisque sa seule logique est le profit au détriment de toute autre considération. Cette façon de vivre fait de nous, effectivement, un impitoyable virus. Et plus on prolifère, plus on est nombreux, plus on détruit. Du fait, nous envisageons les solutions les plus farfelues comme vivre sous l’eau, coloniser Mars, tout plutôt que d’attaquer le problème à la base. Donc imaginer un monde où la plupart des espèces animales ont disparu, ça n’est pas une posture d’écrivain, c’est ce qui nous attend, en réalité. Souvent ce que je décris, ce n’est pas un état définitif mais le paroxysme qui précède l’écroulement, la situation où la crise est maximale, ou du moins, où ça couve. Pendant longtemps, j’ai cru que j’aurais le temps de mourir avant de voir tout ça. Je crains fort d’être encore ici quand ça se passera. Et à mon avis, ça se fera dans la douleur et le sang.
La chute ✩ Peinture numérique ✩ Paul Borrelli©
Eric : Vos allégories et visions apocalyptiques sont également transposées dans le médium visuel avec vos peintures numériques. J’ai remarqué qu'elles mettaient au centre une porte, un portail, une sortie, toujours fermée, déformée ou inaccessible. Vu comment ces endroits sont dépeuplés, déserts, voire détruits, on sent, comme vous le dites, l'impossibilité d’y survivre. Cette idée de dévastation inévitable et cyclique me rappelle un autre projet numérique, ZoomQuilt, où l’on peut voir énormément de symboles capitalistes anéantis, dont Donald Duck transpercé par un crochet de canne à pêche et Minnie Mouse aux yeux affolés. La seule différence entre vous et le créateur de ZoomQuilt serait-elle votre philosophie de la fin ? Dans un cas, on ne peut pas échapper la terrible réalité, dans l'autre, le monde post-apocalyptique est cyclique. D'où la question : si l'on n'a aucune chance de survivre aux conséquences de nos actions, qu'y a-t-il après le dernier cataclysme, selon vous ? Y a-t-il seulement le vide, comme lors des premières 13,8 milliards d'années d'existence de notre univers ?
Down in the basement ✩ Peinture numérique ✩ Paul Borrelli©
P. Borrelli : Je crois que la vie est assez forte pour reprendre, à condition que l'humain ne s’autodétruise pas sous forme d’holocauste nucléaire. Mais même à Tchernobyl, certains animaux se seraient adaptés à des conditions extrêmes. Allez donc savoir quelles formes prendrait la vie, sur une telle base ?

Vous parliez de mes peintures numériques. J’aime beaucoup ces portes, closes ou entrebâillées, car effectivement, il y règne un mystère certain. On voit bien qu’il y a des lumières allumées, des soupiraux d'où sort de la fumée, des liquides noirs qui suintent, comme autant de larmes de goudron, manifestation de je ne sais quel tourment. On ignore si on peut y croiser des humains, ou allez savoir qui d’autre. En fait, je veux éviter l’anecdote. Autant, dans le métier d’écrivain, on met en scène des anecdotes, autant là, à travers la peinture numérique, il me semble important de ne surtout pas représenter quelqu’un, car alors, on pourrait penser : « il cherche son chemin » ou « il va trouver une issue ». Et ça ramènerait ce décor, empli de cette « inquiétante étrangeté », à quelque chose de plus facile à cerner, familier tandis que cela devrait se passer en deçà des mots, dans l’indicible, comme un rêve. Partant de la réalité bien prosaïque des rues où je photographie, j’en arrive à cet univers fantasmatique, surréaliste, où il se passe bien quelque chose, mais quoi ? À chacun de l’imaginer.

J’ai perdu ma mère en juin 2017, et j’ai eu des moments assez durs où je m’adressais à elle, lui demandant de m’aider. Un soir, j’ai senti une présence. À ce moment précis, une odeur de parfum s’est manifestée dans ma chambre. Or, je n’en utilise pas, ou rarement, et s’il y en a, c’est à l’autre bout de la maison. Tous ceux qui nous ont précédés, est-ce qu’ils sont présents, flottant quelque part, et nous n’aurions conscience de cette manifestation qu’à certains moments ? Je ne sais pas s’il y a quelque chose après la vie. C’est pourquoi je trouve très important la notion d’accomplissement. Je me fiche d’être riche, d’avoir du pouvoir. Mais j’aimerais bien, le jour où je m’en irai, pouvoir me dire que j’ai été jusqu’au bout du potentiel qu’il y avait en moi.
Panzer piano, série Samourai Music ✩ Terre cuite ✩ Paul Borrelli©
Eric : Vous créez des masques et des sculptures en terre cuite, et vous soulignez l'importance de la culture maya qui vous a fasciné et poussé à élaborer votre univers. Contrairement aux coutumes établies par la chrétienté dans le monde occidental, les Mayas croyaient que les personnes suicidées étaient transportées au Paradis. Pour ce peuple, l'âme était liée au corps. Curieusement, seulement la famille pouvait communiquer avec cette âme, la ressentir après son départ. Leur panthéon et la notion de réincarnation jouaient aussi un rôle crucial dans la vision de la mort. Quel aspect exactement de cette culture éteinte vous a guidé dans vos dernières créations et votre vision de la mort ?

P. Borrelli : Mon intérêt n’est pas dans dans la culture maya ni toltèque, mais dans leur statuaire. Certes, ils avaient des connaissances scientifiques sur l’astronomie, et tout un système de représentations divines, mais cette culture était basée sur des sacrifices humains. Je préfère rester extérieur, avoir une vision plus naïve par rapport à ces phénomènes. Fasciné par la magie, l’urgence, l’aspect halluciné de ces statues, leur puissance, je dirai qu’en restant à l’extérieur, en ne cherchant ni trop à comprendre, ni trop à expliquer, on est d’autant plus sensible à leur puissance. À travers mes anachronismes, je cherchais à retrouver une part de ce côté magique puissant. La série Samourai Music met en scène des gens utilisant des objets dont on ne sait pas si ce sont des armes ou des instruments. On remarquera qu’à côté de motifs antiques, d’invariants culturels décoratifs, il y a systématiquement des bouteilles de gaz, des lunettes de soudeur, des grenades à main. L’imagination humaine est un outil fort pour expliquer la présence de ces éléments.
Bureau central ✩ Peinture numérique ✩ Paul Borrelli©

Eric : Qu’en est-il de votre processus créatif actuellement ?


P. Borrelli : Je suis très dur avec moi-même quand une idée se présente : en général, je la bombarde de critiques intérieures et je ne me mets au travail que si elle y résiste. Le plus souvent, je trouve des objections et cet embryon d’idée ne va pas plus loin. Autant en arts plastiques, j’ai en moi un processus qui amène à l’émergence constante de nouvelles œuvres, autant en littérature, un roman, tant qu’on n’a pas écrit le mot « fin », ne vaut rien, et c’est comme si on n’avait rien fait. Alors, maintenant, je suis plutôt réticent à m’y réengager. J’ai terminé un énorme roman se situant en Allemagne et en Pologne entre les années 20 et le début des années 50. La Shoah et le nazisme y sont donc au premier plan. Cet ouvrage m’a demandé huit ans de travail, ce fut un véritable chemin de croix. Actuellement, j’ai plein de sculptures et de peintures numériques commencées en même temps. Sans doute parce qu’il s’agit d’échelles de temps différentes de celle de la littérature. Pour moi, quand les arts plastiques s’expriment, j’estime que là, le langage des mots doit se taire.
 

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